Archives du mot-clé Louis Poot

11 novembre 1918

11 novembre 1918 à 7 heures le Bataillon reçoit l’ordre du Maréchal Foch annonçant la fin des hostilités.

Il cantonne à Lierde Ste Marie en Belgique :  » L’accueil de la population est très touchant. Le Bataillon est très acclamé. »

Mémoires du sergent Louis Poot :

 » Enfin le 11 novembre arrive. Je suis encore à l’hôpital et l’armistice est signé. Quelle joie immense pour tous. Nous célébrons dans l’enthousiasme la fin du cauchemar. Mais nous pensons à tous ceux qui se sont battus pour qu’un pareil fléau ne recommence plus. Nous ne devons jamais oublier. Il est attristant pour tous les anciens combattants de penser qu’une pareille monstruosité pourrait de nouveau revenir. Pour éviter une pareille catastrophe il faut rester unis.

Ce qui m’a donné la force et le courage de supporter toutes ces misères c’est la confiance totale que j’avais en Dieu. La prière a été pour moi d’un grand secours. Mon fanion du Sacré Coeur que m’a remis mon aumônier l’abbé Fousset en 1917 ne m’a jamais quitté. Je le portais sous ma chemise.

Vous dire que malgré ces épreuves, au repos, nous aimions nous réunir autour de la table ; quelques bidons de pinard nous rendaient heureux. Nous aimions chanter en chœur pour chasser notre cafard et quelques chansons nous rappelaient nos souvenirs. La gniole le matin était la bienvenue avec le jus. Sans gniole sans pinard le moral du poilu aurait été mauvais mais celui-là n’a jamais manqué. Pour la nourriture, ne nous plaignons pas trop ; chaque fois qu’il a été possible de nous donner quelques suppléments, nos officiers s’efforçaient de le faire. Quelle joie lorsque le vaguemestre nous remettait le montant d’un mandat, celui-ci était partagé en commun.

Au front, nous avons connu la vraie solidarité, l’esprit du sacrifice et du devoir. Conservons ces vertus qui font la force de notre peuple français. « 

souvenirs_mercier_3__3_

 

«  Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait. »

Maurice Genevoix

emile bossus

 En souvenir d’Emile BOSSUS chasseur au 43e bataillon de Chasseurs à Pied

 

Retour à la forêt de Parroy

Récits du sergent Louis Poot :

 » Nous retournons en Lorraine et nous passons l’hiver aux avant-postes dans la forêt de Parroy. Je fais partie du Groupe Franc. Je participe à plusieurs coups de main sur les « Ouvrages Blancs » en avant d’Emberménil. Les Américains participent à plusieurs coups de main avec nous. »

 » Les tranchées étaient infestées de rats. Il fallait mettre les vivres dans des récipients galvanisés. Les sacs restaient au cantonnement sans cela les chemises et les caleçons auraient été rongés. A une certaine période, on attribuait 25 centimes par rat. Pour que les chasseurs ne présentent pas deux fois de suite le même rat, on leur coupait la queue avec la serpe. Avec des fils électriques on tendait des lassos et chaque matin la chasse était bonne. »

20 et 21 mars 1918

Le Groupe Franc du 43e bcp avec les GF du 13e Groupe de Chasseurs et un Groupe d’Américains font un coup de main.

Les Allemands usent dans de fortes proportions de leur nouveau gaz vésicant l’ypérite qui cause des pertes journalières au bataillon. Malgré toutes les précautions prises il est très difficile de s’en protéger efficacement.

22 mars

Le sous-lieutenant Max FRESSON interprète auprès des Américains et son ordonnance le chasseur FENOUILLET sont intoxiqués à Rouge Bouquet.

25 mars

Un violent bombardement par gaz asphyxiants envoyés sur Marainviller s’étend jusque sur le cantonnement du bataillon à Croismare.

9 et 16 avril

Bombardements par obus à gaz. De nombreux chasseurs sont intoxiqués dont le chasseur Emile BOSSUS.

 

Pertes du bataillon durant cette période :

GURBAÏA Emmanuel

Né à Paris en 1884, membre de la Jeunesse Sportive de St Ouen

 » Très brave chasseur grièvement blessé dans un coup de main au cours duquel il a fait preuve de la plus belle audace  »

Mort des suites de blessures le 21 mars à Rehainviller

BUISSON Claudius « Tony »

Né à Navilly (Côte d’Or) en 1897

Tué le 31 mars à la Sapinière

BONVALET Gaston Emile

Né à Noailles (Oise) en 1892

Tué le 4 avril à Emberménil

MANGIN Marie Joseph Anselme

Né en 1897 à Aménoncourt (54)

Tué le 8 avril à Veho (54)

BERNARD Pierre

Né en 1889 à Chatenay en Bresse (71)

Tué le 10 avril à Emberménil

BOISMONT Jean-Baptiste

Né en 1886 à Cussy en Morvan (71)

Mort le 13 avril de ses blessures à l’hôpital de Rehainviller

Jean Baptiste Boismont -2- (3)

Boismont (2)

Verdun

1er novembre 1917 : Départ pour Verdun

Retiré du secteur de Reims, le 43e bcp est en ligne à Verdun du 4 novembre au 17 décembre, sans relève, dans le secteur de Bezonvaux, bois des Caurières.

caurieres

La crête des Caurières à Verdun, novembre 1917

Au sommet de la crête des Caurières une première ligne sans réseaux, sans tranchée profonde ni boyaux d’accès continus, sans abris. Cette crête est prise d’enfilade par les batteries de la Woëvre.

Au début de novembre 1917, la lutte était encore chaude et journalière sur la rive droite de la Meuse. Le secteur de Bezonvaux offrait à l’ennemi l’occasion d’écraser, sans danger de riposte sérieuse, la garnison qui l’occupait. Dans ce secteur inorganisé, inorganisable, où les lignes consistaient en des trous d’obus, où les hommes vivaient dans la boue liquide, à 50 mètres à peine d’un ennemi solidement retranché, dans ce secteur perché à gauche sur la crête d’Hassoule, encaissé à droite dans le fond de Bezonvaux, séparé de ses bases de ravitaillement par un formidable ravin qu’enfilaient les mitrailleuses et que le bombardement avait transformé en une succession d’immenses entonnoirs, dans ce secteur où il était impossible de faire le moindre mouvement, et où à tout instant on était menacé d’être attaqué et culbuté dans le cloaque bourbeux du Fond des Rousses, le bataillon fit preuve d’une endurance, d’une ténacité, d’un courage qu’il n’a pas dépassé dans ses plus belles heures…

Commandant Michelin

 

Récit du sergent Louis Poot :

« Le 5 novembre 1917, nous allons en ligne à Bezonvaux par des pistes où l’on enfonce dans la boue : nous passons la nuit dans de petits abris plein de boue. Le 9 au soir, nous montons en 1ère ligne. Nous sommes de sentinelle toute la nuit dans la boue jusqu’aux genoux. Aucun repos ; il fait froid, la pluie tombe sans arrêt et les obus aussi. Le 9 il pleut, le 11 il pleut. Le 12 novembre, notre trou d’obus est repéré par un avion ; les 130 tombent presque sur nous ; chaque éclatement nous couvre de boue. Mon équipement et ma capote ne sont qu’un bloc de boue. A cause de cette boue, nous ne pouvons creuser ni tranchées ni abris. Nos outils ne peuvent être utilisés, car on ne peut en détacher la boue qui y adhère ; il faut creuser avec les mains… »

 

 

 

 

           

 

 

Hurtebise juin 1917

Hurtebise - JMO 7e génie, compagnie août année 1917. page 33

Carte extraite du JMO du 7eme régiment du Génie aout 1917

 

Extraits d’une lettre du  caporal Robert RIOTTE Mort Pour La France à Craonne le 27 juillet 1917 :

Le 15 juin à 3 h de l’après midi nous quittons le camp de Glennes pour monter aux tranchées. Nous relevons le 144e RI en 1ere ligne au Monument d’Hurtebise en liaison avec le 152e. Vers minuit nous prenons nos emplacements et une fois les consignes passées nous passons la nuit assez tranquillement (poste d’écoute).

16 - Le monument

Credit photo : Chasseur R.Riotte. Merci à Lionel Riotte son neveu

Le 16 juin au matin les boches envoient des torpilles sur la 9e. Résultat : une dizaine de blessés assez grièvement. Le soir à 8 h les boches déclanchent un bombardement terrible avec des minen et des fusants et aussitôt l’attaque se déclanche en vagues d’assaut en colonne par 4 sur la Pointe du Doigt.

Avant l’attaque je me trouvais dans un abri sous un rocher à flanc de coteau en avant de notre 1ere ligne avec quelques hommes de ma section. Les obus tombant sur l’abri et devant l’entrée il nous est impossible de sortir. A 10h je profite d’un moment de calme pour gagner la tranchée en rampant avec Pechinot et Grandadam. En arrivant à notre emplacement nous sommes accueillis par une rafale de grenades que les boches nous envoient sans arrêt. Grandadam est blessé et se replie avec Pechinot. Je gagne en vitesse la tranchée de soutien. Mais au tournant du boyau j’entends un maniement de culasse et je me retrouve au bout d’un fusil. En face de moi je reconnais mon ancien copain Artaud qui furieux d’avoir manqué de me tuer va prendre un poste un peu plus loin où il est blessé peu après.  Alors je me retrouve avec la 7e compagnie qui a remplacé la 8e, qui n’était plus assez nombreuse pour tenir,  la 1ere section étant prisonnière, le capitaine de Gouvello et le lieutenant Fedit blessés.

Le 17  juin la 1ere section prend la garde à l’entrée du Tunnel.

Le 18  juin vers 4 h je reçois l’ordre d’aller avec mon escouade au boyau Vidal avec des tromblons et des V.B. pour soutenir la 9e cie en prévision d’une attaque ennemie.  Aussitôt un 155 tombe à 50 mètres derrière nous, puis un 2eme plus près puis un 3eme encore plus près. Des fusées sont envoyées pour faire allonger le tir. Par mégarde une demande de tir de barrage est envoyée. Alors les deux artilleries bombardent d’une façon intenable pendant une demi-heure.

Le 19  juin nous allons relever la section de garde au Tunnel pendant 2 jours.

10 - Entrée du tunnel (2)

Entrée du Tunnel

Credit photo : R. Riotte

Le 21 juin nous relevons une section de la 7e aux tranchées du Monument. Tous les jours bombardement de la 1ere ligne allemande avec les 155 et les 240.

Le 24 relève par le 152e et le Groupe Franc de la division pour l’attaque du lendemain.

Du 25 au 30 en réserve de division à Maisy.

Lien vers la page du site consacrée au chasseur RIOTTE :

Le chasseur Riotte

 

Récit du sergent Louis POOT :

 » Le 26 juin,  prise de la Caverne du Dragon. Avec ma section je suis chargé du nettoyage de la grotte. Au cours des opérations le feu est communiqué à un cordon bickford. Voyant immédiatement le danger je saute à pieds joints sur le cordon. J’arrête la progression de la flamme à hauteur de mes genoux : pantalon et capote sont en feu. Je me roule par terre pour arrêter le feu après moi. Je sauve la vie à plus de 60 hommes. Une nouvelle citation m’est accordée avec les félicitations du colonel commandant le 152e RI. »

 

 

3 septembre 1916 l’assaut

Dans la tranchée de départ

le-forest-heure-h

Souvenirs du sergent Louis POOT :

 » Le 3 septembre à midi nous attaquons dans un enfer de feu. Il faut franchir les barrages de l’artillerie allemande. Enfin vers 14 h nous avons atteint notre objectif. Notre bataillon est composé en majeure partie de réservistes de Bourgogne des Vosges et de Parisiens. A la suite de cet épisode le bataillon est cité à l’ordre de la division car le 3 septembre 1916 après avoir tenu 5 jours sous un violent bombardement et perdu, par un tir de contre préparation le cinquième de son effectif, il a d’un seul élan atteint son objectif à 900 mètres du point de départ. Objectif conquis à la grenade et au couteau sur trois tranchées ennemies demeurées intactes et garnies de mitrailleuses. Après s’être emparé de 7 mitrailleuses, de 5 officier et de 190 grenadiers de la garde prussienne qui ont avoué à l’interprète n’avoir jamais imaginé assaut si âprement poussé. A cette attaque je reçois ma première citation. « 

Le chemin de Maurepas au Forest en septembre 2016 :

 

chemin-leforest

 

 

 

La Somme : le chemin du Forest

Souvenirs du sergent Louis Poot du 43e bcp :

 » Le 29 août 16 nous arrivons à Bray sur Somme. Le soir nous allons prendre les premières lignes. Nous traversons Maricourt, Maurepas. Dans le ravin de Maurepas que de cadavres nous avons vus !

Et les  tout jeunes gens de la classe 16, ils me font une grande pitié : pauvres gosses. Pour la première fois ils éprouvent le baptême du feu : c’est terrible. On dirait des moutons que l’on mène à l’abattoir. A chaque rafale d’obus ils se couchent et ne veulent plus se relever. Heureusement que j’ai des anciens au cœur solide pour me seconder. Nous intercalons un jeune, un ancien, et ces malheureux avancent sous l’odeur du sang, de la poudre, des cadavres. C’est affreux.

Le canon ne s’arrête pas. Les artilleurs sont tout près de nous à 400 mètres. Derrière les fantassins que de canons ! Ils sont tout près les uns des autres comme des tirailleurs. Je n’ai jamais vu autant de canons que dans la Somme.

A notre tour nous devons attaquer. Nous avons comme objectif : Le Forest. « 

leforest

carte maurepas3

Source carte  : JMO, site Mémoire des Hommes, ministère de la Défense